« Guerre à Gaza »: le dessinateur américain Joe Sacco raconte en BD sa « sidération » après le 7 octobre

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Le dessinateur américain Joe Sacco, pionnier du journalisme en BD, raconte dans son nouveau livre sa sidération après l’attaque du 7 octobre 2023. Et dénonce l’intervention des États-Unis dans la guerre entre Israël et le Hamas.

« Ça m’a paralysé. » Le dessinateur américain Joe Sacco, pionnier du journalisme en BD, raconte dans sa nouvelle BD Guerre à Gaza (Futuropolis), son état de sidération après l’attaque du 7 octobre 2023, lorsque des combattants du Hamas infiltrés depuis la bande de Gaza ont pénétré en Israël et tué 1.205 personnes, en majorité des civils.

Cet auteur célébré pour ses reportages sur les zones d’ombre de l’histoire, qui a enquêté à deux reprises sur l’histoire de la Palestine (Palestine en 1996 puis Gaza 1956 en 2010), a décidé pour la première fois de sa carrière de prendre son crayon pour témoigner en direct d’un événement historique.

« Je l’ai fait parce que j’ai senti que je devais le faire. J’aurais aimé ne pas avoir à parler en BD d’une autre guerre, mais j’ai senti au plus profond de moi que j’en avais le devoir. Ça devait sortir de moi », explique à BFMTV le dessinateur.

Couverture de la BD "Guerre à Gaza" du dessinateur américain "Guerre à Gaza"
Couverture de la BD « Guerre à Gaza » du dessinateur américain « Guerre à Gaza » © Futuropolis

« Tout est arrivé si vite », détaille-t-il encore. « Je ne savais pas comment réagir à cette situation. J’étais si abasourdi par le niveau de violence que j’étais incapable de faire quoi que ce soit au début. Puis un ami habitant Gaza m’a écrit: ‘S’il te plaît, fais entendre ta voix.’ J’ai mis mes idées au clair puis je me suis plongé dans cette histoire. »

« Lancer une conversation »

Avec Guerre à Gaza, Joe Sacco espère « lancer une conversation » sur le conflit. Et offrir au lectorat des pistes de réflexion. « Pensez à ce mot, ‘légitime défense’, que l’on entend partout dans les médias depuis le 7 octobre. Pensez à ce qu’il signifie. Et le mot ‘bouclier humain’ aussi. Que veulent-ils dire? Pourquoi accepte-t-on ces termes? »

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« C’est une manière pratique de dire que des civils ont été tués parce que le Hamas se cachait derrière eux », affirme-t-il. « Mais est-ce vraiment le cas? Qui est un bouclier humain et qui ne l’est pas? Ce sont des notions abstraites utilisées pour que les gens ne questionnent pas ce qui se passe réellement sur place. »

« On doit aussi pouvoir questionner le concept de ‘défense’: est-ce protéger nos frontières? Traquer des gens qui ont commis des actes criminels? Ou anéantir tout le monde en assurant que ce sont des boucliers humains? », s’interroge-t-il.

Une page de la BD "Guerre à Gaza de Joe Sacco"
Une page de la BD « Guerre à Gaza de Joe Sacco » © Futuropolis

Alors que l’utilisation du mot « génocide » fait également débat depuis le 7 octobre, Joe Sacco propose un nouveau mot: « auto-défense génocidaire ». « C’est un terme ironique », insiste-t-il. « Nous devons questionner ces mots parce que nous sommes responsables de ce qui se passe. »

L’humour noir comme outil

Quand Joe Sacco a dessiné en 2010 Gaza 1956, une enquête sur un massacre oublié de la population palestinienne par l’armée israélienne en 1956, il n’existait aucune image et aucun témoignage écrit des faits. Il a reconstitué cet événement en s’appuyant sur une enquête de terrain auprès des témoins encore vivants.

Lorsqu’il a débuté en 2023 Guerre à Gaza, il a dû faire face au contraire à une profusion de sources audiovisuelles et écrites. Mais il n’a pas pu se rendre sur le terrain. « Il a fallu que je réfléchisse à une autre approche graphique. Je ne voulais pas dessiner de violence parce qu’il y avait déjà tant d’images violentes qui sortaient de Gaza. » L’auteur a donc choisi la satire comme mode de traitement. « Comme je ne pouvais pas faire mon métier de journaliste, l’humour noir était un bon outil », explique-t-il.

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Une planche de la BD "Guerre à Gaza" de Joe Sacco
Une planche de la BD « Guerre à Gaza » de Joe Sacco © Futuropolis

Pour éviter de raconter et de dessiner « ce que tout le monde sait déjà » et « ce que tout le monde a déjà vu », Joe Sacco a souhaité plutôt « analyser la situation par le prisme d’une personne habitant aux États-Unis ». « J’analyse les relations des États-Unis avec Israël pour dénoncer l’hypocrisie de mon pays », précise-t-il.

Culpabilité

Joe Sacco fustige en particulier « l’hallucination » de Joe Biden qui a affirmé avoir vu « des images authentifiées de terroristes décapitant des enfants ». « Il est indiscutable que le Hamas a commis de véritables atrocités, mais grâce à l’hallucination de Joe Biden, Israël a bénéficié d’un bonus d’atrocités », écrit-il dans son livre. À cette occasion, le président américain avait dû être corrigé par les services de la Maison Blanche.

Un extrait d'une page de la BD "Guerre à Gaza" de Joe Sacco
Un extrait d’une page de la BD « Guerre à Gaza » de Joe Sacco © Futuropolis

Le dessinateur évoque en détail la culpabilité qu’il ressent depuis le 7 octobre. « J’ai l’impression de participer à un génocide. Je vis aux États-Unis. J’y paie mes impôts. Que je le veuille ou non, j’ai l’impression d’avoir du sang sur mes mains. Mes impôts financent des armes qui sont envoyées en Israël. C’est épouvantable. »

Le dessinateur se défend de tout antisémitisme. « J’ai le droit de critiquer le gouvernement israélien puisque j’ai l’impression que mon gouvernement le soutient. L’antisémitisme, c’est complètement différent. La haine des juifs est inacceptable. Mais on devrait pouvoir être en mesure de critiquer les mesures de ce gouvernement. »

Depuis que Joe Sacco a terminé Guerre à Gaza, Joe Biden a été remplacé par Kamala Harris. Rien ne va changer selon lui. « Elle parle juste différemment. Elle arrondit les angles et promet de solutions, mais ce sont juste des mots pour endormir les gens et avoir des votes. C’est une version adoucie de Joe Biden. Elle ne fait que continuer sa politique. »

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« Quel genre de paix? »

« La violence ne cesse d’escalader », déplore-t-il. « Je n’ai pas l’impression que des efforts soient faits pour trouver de véritables solutions à cette situation. Tout le monde parle de la paix. Mais la paix peut aussi symboliser une forme de soumission d’un peuple. On aura la paix, mais quel genre de paix? »

Un extrait d'une page de la BD "Guerre à Gaza" de Joe Sacco
Un extrait d’une page de la BD « Guerre à Gaza » de Joe Sacco © Futuropolis

Le conflit s’est étendu ces dernières semaines au Liban. Et l’Iran a lancé 200 missiles en direction d’Israël. « Clairement, la porte est ouverte pour un conflit plus large. Mais la triste vérité, c’est que nous ignorons comment ce conflit va évoluer. » Une chose est sûre: « Cela ne va sûrement pas se passer comme les Occidentaux pensent. »

Guerre à Gaza, Joe Sacco, Futuropolis, 32 pages, 6,90 euros.

Source: https://www.bfmtv.com/people/bandes-dessinees/guerre-a-gaza-le-dessinateur-americain-joe-sacco-raconte-en-bd-sa-sideration-apres-le-7-octobre_AN-202410070542.html

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